Rechercher dans ce blog

Chargement...

Translate

vendredi 2 décembre 2016

Le diabète chez les personnes atteintes du VIH

 Plus de 39 millions de personnes à travers le monde seraient infectées par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). 

L’introduction des inhibiteurs de protéase dans le cadre du traitement anti-VIH a contribué à réduire considérablement le nombre de personnes qui décèdent du syndrome de l’immunodéficience acquise (SIDA). Toutefois, l’utilisation de ces médicaments a été associée à l’apparition du diabète de type 2 ;
des études récentes ont confirmé un taux plus élevé de diabète parmi les personnes atteintes du VIH, par rapport au reste de la population. Cela implique qu’un nombre important de personnes, en plus de souffrir des effets du virus, pourraient être exposées au risque de complications du diabète, comme la néphropathie ou les maladies cardiaques. Dans cet article, Cecilia Yoon décrit les liens entre le VIH, son traitement et le diabète.




Le VIH est un rétrovirus qui infecte un composant clé du système immunitaire de l’organisme : le lymphocyte.

Le VIH est un rétrovirus qui infecte un composant clé du système immunitaire de l’organisme : les lymphocytes T positifs CD4. Cette infection provoque l’affaiblissement progressif du système immunitaire, qui conduit à une ‘déficience immunitaire’ et rend plus vulnérable à diverses infections.

Au cours des 25 années écoulées depuis le début de la pandémie de VIH,d’importants progrès ont été réalisés dans la prise en charge et le traitement des personnes chez qui le virus est diagnostiqué. L’utilisation de la thérapie rétrovirale hautement active (HAART) – comme l’utilisation des inhibiteurs de protéase dans une combinaison puissante – a prolongé la vie de nombreuses personnes. Lorsqu’ils sont combinés à d’autres médicaments pour former un ‘cocktail’ de thérapie antirétrovirale, les inhibiteurs de protéase empêchent le développement du VIH en bloquant la capacité du virus à se répliquer.



Meilleure prise en charge – risque accru

A l’heure actuelle, les traitements permettent aux personnes infectées par le VIH de vivre plus longtemps qu’auparavant. De ce fait, diverses complications ont été observées chez les personnes atteintes du virus, notamment l’insensibilité à l’insuline et le diabète. D’après les estimations, l’incidence du diabète de type 2 parmi les personnes atteintes du VIH est considérablement plus élevée que parmi le reste de la population.1 Dans une étude, il a été démontré que le diabète était quatre fois plus courant parmi les hommes atteints du VIH qui recevaient un traitement antirétroviral que parmi un groupe d’hommes non atteints du virus et, donc, non soumis au traitement.
Plusieurs facteurs ont été impliqués, notamment certains médicaments antirétroviraux et la présence d’autres maladies concomitantes, comme l’hépatite C, une condition fréquente

parmi les personnes atteintes du VIH. Mais le lien le plus fort semble concerner l’utilisation des inhibiteurs de protéase. Peu après l’introduction de ces médicaments, des rapports sont apparus liant leur utilisation à un taux de glycémie excessivement élevé (hyperglycémie). En 1997, la Food and Drug Administration américaine a émis un avertissement sur le rôle des inhibiteurs de protéase dans le déclenchement de l’hyperglycémie et du diabète.
La prévalence du diabète chez les personnes atteintes du VIH qui suivent un traitement à base d’inhibiteurs de protéase se situerait entre 2 % et 7 %. Des données scientifiques suggèrent que les inhibiteurs de protéase ont un rôle causal direct dans le développement de l’insensibilité à l’insuline et du diabète. 


L’insensibilité à l’insuline est une première étape critique précédant le développement du diabète de type 2. Parmi les différentes formes de la condition chez l’être humain, le diabète provoqué par la protéase est celui qui se rapproche le plus du diabète de type 2. D’après les estimations, jusqu’à 40 % des personnes atteintes du VIH qui suivent un traitement à base d’inhibiteurs de protéase sont atteintes de tolérance abaissée au glucose (IGT).2,3
Comme les inhibiteurs de protéase, l’infection du VIH elle-même et d’autres traitements contre le virus, comme le traitement par analogues de nucléoside, ont été associés à l’insensibilité à l’insuline. En outre, d’autres médicaments fréquemment utilisés par les personnes atteintes de VIH sont connus pour créer une prédisposition au diabète. Ceux-ci incluent le mégestrol, la pentamidine et la prednisone. Parallèlement à ces médicaments, les facteurs de risque connus du diabète, comme des antécédents familiaux de la condition, le tabagisme et l’obésité, sont également susceptibles de contribuer aux taux élevés de diabète parmi les personnes de ce groupe.



Le diabète, une complication supplémentaire


Le diabète et l’insensibilité à l’insuline font partie de l’ensemble de troubles métaboliques observés dans une condition appelée le ‘syndrome de la lipodystrophie’. La lipodystrophie, qui semble être une complication du VIH et de son traitement, peut également inclure des taux de cholestérol et de triglycérides anormaux. Ce syndrome provoque des modifications de la graisse corporelle totale ou locale. On peut observer un gain de graisses sous-cutanées dans des zones telles que la poitrine, l’abdomen et/ou le cou ou une perte de graisse au niveau du visage, des bras, des jambes et/ou des fesses. En plus de provoquer des problèmes de santé à long terme, le syndrome de la lipodystrophie a souvent un impact négatif sur la qualité de vie car il altère l’apparence physique et interfère avec le traitement antirétroviral.



Le syndrome de la lipodystrophie a également été attribué à certains régimes antirétroviraux. L’accumulation de graisses semble être associée au traitement basé sur les inhibiteurs de protéase tandis que la perte de graisses a été davantage associée aux médicaments à base d’analogues de nucléoside comme la stavudine.


Un diabète est observé dans le cadre du syndrome de la lipodystrophie, une complication du VIH et de son traitement

Certaines personnes peuvent développer un syndrome mixte ou soit accumuler ou soit perdre des graisses. Bien que les scientifiques tentent de mieux comprendre ce phénomène, on n’explique pas encore pourquoi certains traitements provoquent ces changements chez certaines personnes.

Gestion et traitement

La forte prévalence du diabète chez les personnes atteintes du VIH qui suivent un traitement HAART suggère la nécessité de réaliser des mesures régulières des taux de glycémie à jeun. La glycémie à jeun doit être évaluée avant et pendant un traitement antirétroviral, surtout si la personne traitée développe une lipodystrophie. Un traitement à base d’inhibiteurs de protéase peut provoquer des altérations de la tolérance au glucose chez certaines personnes ou aggraver des problèmes existants chez d’autres.


Par conséquent, il est important que les personnes concernées se soumettent à une évaluation des facteurs de risque traditionnels du diabète. Bien que certains de ces facteurs, comme l’obésité, peuvent être réduits par un changement du mode de vie, il faut envisager d’éviter l’utilisation d’inhibiteurs de protéase chez les personnes qui sont exposées à un risque élevé de développer la condition.



Les directives générales établies pour le traitement du diabète doivent être suivies pour les personnes atteintes du VIH, notamment le régime thérapeutique et les modifications du style de vie, et, le cas échéant, un traitement pharmacologique. Une perte de poids et une activité physique régulière doivent être recommandées aux personnes obèses. Une évaluation de la maladie coronarienne doit être réalisée, notamment chez les personnes des tranches d’âge supérieures.

Passer des inhibiteurs de protéase à un médicament alternatif peut permettre de contrôler le diabète.
Bien que cette option ne s’applique pas à tous, passer des inhibiteurs de protéase ou d’autres agents en cause à un médicament alternatif peut permettre de contrôler l’hyperglycémie et le diabète. Les traitements pharmacologiques des personnes atteintes de diabète et du VIH sont généralement ceux recommandés pour les personnes atteintes de diabète de type 2. Actuellement, des médicaments oraux sont utilisés pour réduire l’hyperglycémie et améliorer la sensibilité à l’insuline. Dans la mesure du possible, le traitement des personnes atteintes de diabète séropositives doit inclure l’utilisation d’un médicament oral insulino-sensibilisant, comme la metformine ou les thiazolidinediones.



Prise en charge et éducation

En résumé, les personnes atteintes du VIH qui suivent un traitement antirétroviral doivent être surveillées afin de détecter l’apparition d’un diabète, surtout lorsqu’elles utilisent des inhibiteurs de protéase. L’association entre les médicaments antirétroviraux et le diabète peut être plus forte chez les personnes à plus haut risque en raison de leur âge, de leur ethnicité ou de l’obésité.
Si une personne développe le diabète, notamment lorsqu’elle prend des inhibiteurs de protéase, le traitement antirétroviral doit être modifié dans la mesure du possible, et le traitement adéquat mis en oeuvre. Elle devra être informée du risque de maladies cardiaques ou d’autres complications et recevoir une formation sur les bienfaits des modifications du style de vie telles que l’arrêt du tabac, l’exercice physique et une alimentation saine.

 Cecilia J Yoon

Cecilia J Yoon est professeur assistante de
médecine, spécialisée dans la médecine du
VIH, Division of International Medicine and
Infectious Disease, New York Presbyterian
Hospital-Weill Medical College of Cornell
University, New York, Etats-Unis.

Références

1 Dube MP. Disorders of glucose metabolism in patients infected with human immunodeficiency virus. Clin Infect Dis 2000; 31: 1467-75.
2 Aberg JA, Gallant JE, Anderson J, Oleske JM, Libman H, Currier JS, Stone VE, Kaplan JE; HIV Medicine Association of the Infectious Diseases Society of America. Primary care guidelines for the management of persons infected with human immunodeficiency virus: recommendations of the HIV Medicine Association of the Infectious Diseases Society of America. Clin Infect Dis 2004; 39: 609-29.
3 Walli R, Herfort O, Michl GM, Demant T, Jager H,
Dieterle C, Bogner JR, Landgraf R, Goebel FD. Treatment with protease inhibitors associated with peripheral insulin resistance and impaired oral glucose tolerance in HIV-1–infected patients. AIDS 1998; 12: 167–73.
15

DIABETS VOICES
Juin 2005 Volume 50 Numéro 2