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dimanche 21 avril 2013

Diabète : les cosmétiques blanchissants faussent les glycémies capillaires

Auteur : Pascale Solère  18 avril 2013


Montpellier, France — Une étude originale menée à l'hôpital central de Yaoundé (Cameroun) s'est penchée sur l'impact des laits corporels et crèmes d'utilisation fréquente en Afrique subsaharienne sur les mesures des glycémies « au bout du doigt » ou glycémies capillaires. Elle confirme que les laits à base d'hydroquinone ou crèmes « blanchissantes » sont à l'origine d'importantes sur-estimations des glycémies chez les non diabétiques et chez les diabétiques. Avec à la clé d'importantes fausses hyperglycémies. Cette notion peu connue a fait l'objet d'une communication lors du congrès de la Société Française de Diabétologie.

Glycémies majorées d'un facteur 2 à 3 !


« Juste après l'application - en couche fine sur mains propres dans l'étude - les glycémies capillaires sont majorées d'un facteur 2 à 3 ! ...Et cette sur-estimation reste encore très importante 60 minutes après l'application » résume le Dr Eugène Sobngwi.
A contrario, les laits à base d'huile d'amande douce, d'huile de palmiste et les crèmes à base de corticoïdes testés ne semblent pas modifier significativement les glycémies capillaires dans cette étude.
Ce travail apporte une preuve élégante de l'implication des crèmes « blanchissantes » dans certaines hyperglycémies « aberrantes » observées chez des patientes hospitalisées à Yaoundé, explique le Dr Sobngwi. Mais aussi en région parisienne, ajoute le Dr Serge Halimi, en référence à des observations d'hyperglycémies inhabituelles liées à ces mêmes produits blanchissants en Ile-de-France.
« Ces fausses hyperglycémies peuvent générer de graves problèmes de prise en charge et/ou d'adaptation du traitement chez le patient » souligne l'orateur. « Les glycémies capillaires sont en effet utilisées non seulement pour l'auto-surveillance, le suivi, le dépistage mais aussi dans certains secteurs ruraux chez nous pour le diagnostic qui ne peut pas toujours être confirmé par une glycémie au laboratoire ».
« Ce travail montre combien il est important de renforcer les messages d'éducation thérapeutique sur le lavage des mains avant une glycémie capillaire » conclut-il.

Une étude menée à Yaoundé sur 16 personnes


Cette étude a recruté 16 personnes : 4 non diabétiques et 12 diabétiques. Une fois le patient inclus, une glycémie capillaire était réalisée après lavage des mains au savon de Marseille, rinçage et séchage. C'est la glycémie de référence. Elle est en moyenne à 2,96 + 1,61 g/l chez les diabétiques et à 0,88 +0,79 g/l dans le groupe témoin non diabétique.
Sur chaque personne, les quatre laits corporels sélectionnés étaient ensuite appliqués sur un doigt (sur les deux majeurs et les deux annulaires) et des glycémies capillaires mesurées sur chacun de ces doigts aux temps: T0, T5, T30 et T60 après l'application. Or, les données montrent que les mesures des glycémies capillaires de T0 à T60 après application d'hydroquinone sont significativement augmentées par rapport à celles après application des trois autres laits qui sont, elles, semblables (quasi superposables).
A T0 les glycémies capillaires post-application, à comparer à la glycémie capillaire de référence avant application à 2,44 + 1,61 g/l , sont :
  • huile de palmiste : 2,36 + 1,50 g/l (NS)
  • huile d'amande douce : 2,38 + 1,53 g/l (NS)
  • corticoïde : 2,47 + 1,52 g/l (NS)
  • hydroquinone : 4,57 ± 1,37 g/l (p < 0,001)
A TO, la glycémie capillaire mesurée juste après application de lait à l'hydroquinone est globalement multipliée d'un facteur 3 chez les non diabétiques et d'un facteur 2 chez les diabétiques.
La majoration tend à décroitre à distance dans le temps de l'application. Elle persiste néanmoins. Sur l'ensemble de la courbe (T0-T60), l'écart est significatif. Et même 1 heure après l'application, la glycémie capillaire post hydroquinone reste encore très augmentée (significativement).