dimanche 23 mars 2014

«L'insuffisance rénale devient un fléau national»

Cheikh Tidiane MBENGUE | 21/03/2014 | 07H59 GMT

LE PROFESSEUR ABDOU NIANG NEPHROLOGUE


La Journée mondiale de lutte contre l'insuffisance rénale a été l'occasion pour les néphrologues et autres spécialistes de l'hypertension et du diabète, de monter au créneau pour alerter les sénégalais sur  ce mal insidieux qui fait planer  une grande menace sur la santé de 25% de la population. Le plus inquiétant c'est que les victimes ne viennent vers les hôpitaux que lorsqu'elles atteignent la phase ultime. Et le manque de sensibilisation favorise l'expansion de cette pandémie qui n'a pas encore dévoilé sa véritable ampleur. Aussi, en plus du déficit d'appareillages pour la prise en charge en hémodialyse, le Sénégal tarde à autoriser l'unique alternative pour la guérison qu'est la transplantation d'organe. Le professeur  Abdou Niang, un des spécialistes de la pathologie en service au Chu de l'Hôpital A Le Dantec, a donné toutes les caractéristiques de cette maladie qui fait des ravages au sein de la population.  
 
2 millions  de sénégalais en sursis
 
Devenue un véritable problème de santé publique, l’insuffisance rénale chronique qui fait pourtant partie des maladies non transmissibles, représente de nos jours une véritable pandémie. La moyenne de prévalence mondiale  se situant entre 5 et 10 % de la population, on peut estimer que pour le Sénégal  1, 5 million de personnes en souffrent dont la majorité écrasante ignore son statut à cause de l’absence de symptômes irréfutables.  C’est en résumé ce que le Pr Abdou Niang néphrologue au Chu Le Dantec a renseigné pour alerter vivement les pouvoirs publics et les populations sur ce danger qui prend de plus en plus de l’ampleur.

Saisissant la Journée mondiale consacrée à cette maladie, il a averti que ce n’est qu’au moment où elle atteint un stade très avancé que le besoin en dialyse s’impose et que les spécialistes se rendent  compte de sa gravité. C’est d’ailleurs face à ce retard dans la prise en charge de cette maladie qu’il invite les autorités sanitaires à une meilleure sensibilisation des populations. Le Pr Abdou Niang de déplorer surtout le déficit en communication et le manque de sensibilisation de la part des professionnels et des autorités sanitaires. « Pourtant, fait –t-il observer, si ce travail était fait comme il le faut, dans quelques années la tendance sera inversée dans notre pays ».
 
Mais la situation actuelle reste inquiétante, selon ce spécialiste, qui regrette que les malades continuent d’être évacués généralement en phase terminale et que la dialyse ou la greffe rénale constituent les seuls recours. En conséquence, souligne-t-il, le pronostic des malades en phase terminale est très critique. Car le malade qui a atteint cette phase et qui n’est pas dialysé est condamné à mourir dans les  trois mois. Le spécialiste d’ajouter que le  Sénégal est confronté à un véritable déficit de structures de dialyse et peine à traiter 500 malades alors que la Tunisie, par exemple, avec ses 13 millions d’habitants, est à même de faire 10 OOO interventions. De quoi se faire une idée de l’avenir immédiat des malades condamnés à terme. 
 
Hypertendus et diabétiques
 
Parmi les candidats potentiels de ces maladies rénales, le néphrologue prévient les diabétiques tout comme les hypertendus qui sont les plus exposés au risque. Dès lors, explique le Professeur Niang,  les études ont démontré que la prévalence des hypertendus  sénégalais a atteint 25 % de la population. Cela peut vouloir dire que plus de 2 millions 500 citoyens souffrent de  la première cause de  l’insuffisance rénale. D’autres études ont également démontré, selon toujours le Professeur Niang, que les diabétiques qui représentent 10 % de la population comptent également parmi les personnes à risque. Pour une population estimée à 13 millions d’habitants, ce n’est donc pas moins de 2 millions de diabétiques qui sont exposés au fléau.
 
Prévention et  dépistage
 
Le Professeur Niang invite également les autorités à s’appesantir sur la prévention pour éviter aux malades d’attendre le dernier moment pour aller vers une machine. Ce qui  n’est, en définitive, que perdre le combat d’avance. « Il faudrait éduquer la population pour que tous les malades qui ne le savent pas et qui présentent une maladie rénale chronique soient dépistés ». Le professeur de préconiser que  tous ceux qui sont dépistés soient suivis dans le cadre d’un programme de prise en charge  pour qu’ils n’arrivent pas au stade ultime ».

Pour lui, tout  doit commencer par la surveillance de la pression artérielle et le taux de sucre tout en évitant de consommer trop de sel, de sucre et de graisses. Il s’agit aussi d’éviter la consommation de certains  produits traditionnels qui font des ravages dans ce pays. Sur cette question, le Professeur a bien sûr accusé l’inaccessibilité des soins de la médecine moderne et le recours massif à  la médecine traditionnelle qui fait souvent des dégâts contre le rein. Autre recommandation préventive du Professeur : bien manger et sainement, éviter de fumer et  faire de l’activité sportive. Aux  personnes âgées, il conseille  de boire  1 litre et demi à deux litres d’eau par jour surtout pour  les sujets  à risque notamment les hypertendus et les diabétiques.  Un bon suivi médical avec une prise régulière de médicaments peut faire  éviter l’insuffisance rénale.
 
La transplantation rénale
 
A propos  du traitement, le Professeur de préciser d’abord que la personne dotée de deux reins peut toutefois survivre  normalement avec un seul rein. En d’autres termes, fait-t-il noter, s’il y a une maladie rénale qui s’attaque à une personne, elle peut détruire à la longue tous les  deux reins.  Mais pour sauver le malade, son frère ou proche parent peut lui en donner un. Mais au delà des liens de parenté, il s’agit tout seulement d’un problème de compatibilité. Ainsi, la dialyse n’étant qu’un traitement symptomatique, alors  que la greffe  constitue une alternative qui peut rétablir le patient et lui faire reprendre son travail, de vivre comme tout le monde avec une bonne qualité  de vie. Cette solution est du reste moins chère pour l’Etat  qui paie actuellement la dialyse à des malades en sursis. Ainsi il faut en moyenne 9 millions par personne et par an pour prendre en charge le dialysé. Or pour la greffe l’Etat ne va dépenser qu’1 million pour chaque malade. Ce qui serait, selon lui, une économie à l’échelle nationale sans compter le rétablissement du malade.
 
Le vide législatif  
 
L’obstacle majeur à la greffe d’organe reste le législateur qui ne s’est pas prononcé sur la question. Selon toujours le néphrologue du Chu le Dantec, sans cette loi  pour faire de la greffe rénale, le  Sénégal ne peut bénéficier de l’appui des organisations au plan international. Une lacune donc à combler rapidement. Car à en croire le Professeur Niang,  les propositions de textes sont déjà élaborées et soumises aux autorités. On attend donc impatiemment que cette loi soit adoptée à l’assemblée nationale et promulguée par le Chef de l’Etat. Le néphrologue de faire savoir que 9 sénégalais ont pu bénéficier de cette pratique médicale.  Ils ont tous été transplantés à l’étranger dont  4 en Inde,  3 en France, 1 en Tunisie et 1 autre en Belgique. Ces malades, selon toujours le Pr Niang se portent à merveille et  continuent de travailler et de vivre en harmonie avec leurs familles. Il faut que d’autres Sénégalais puissent accéder à cette avancée chirurgicale sur le territoire sénégalais surtout lorsque que des ressources de qualité ont déjà été formées dans ce sens.
 
Dans la croisade contre cette pathologie, les autorités semblent avoir saisi l’ampleur de la gravité de ces maladies. La division de lutte contre les maladies non transmissibles a été créée et s’investit contre l’hypertension artérielle,  le diabète et la maladie rénale chronique, entre autres maladies ciblées. Toutefois les néphrologues préviennent que le chemin est long parce qu’il y a beaucoup de travail à faire, beaucoup de stratégie,  beaucoup de communication pour que nous puissions relever le défi actuellement.
 
L’insuffisance rénale ou panne des reins
 
Le rein est un organe vital. Il est un organe épurateur de l’organisme. Il anéantit tous les déchets qui sont dans l’organisme. Le rein est un organe qui régule la tension artérielle parce qu’il fabrique des globules rouges et de la vitamine D qui permet  d’absorber du calcium. Quand le rein ne fonctionne pas bien, il y a un dérèglement dans l’organisme qui fait que le rein ne joue plus son rôle de régulateur. Ainsi on parle d’insuffisance rénale qui peut  entrainer la mort.

Jadis rare, l’insuffisance rénale fait souffrir maintenant  de plus en plus de Sénégalais et les maladies rénales prennent de plus d’ampleur chaque année.
 
On estime à 1,5 million de personnes qui  souffrent de cette affection sans le savoir. Malgré la gratuité du traitement depuis quelques années, seuls 2 % des malades bénéficient actuellement d’une prise en charge. De quoi conduire les  spécialistes à tirer sur la sonnette d’alarme car dans notre pays, 25 % de la population sont menacés  d’hypertension artérielle pendant que les 10 % de la population sont atteints de diabète.  Deux maladies qui sont les principales causes des insuffisances rénales. Autrement dit, 2 millions de sénégalais en moyenne souffrent d’hypertension artérielle avec environ 2 millions de diabétiques menacés  d’insuffisance rénale.


http://www.sudonline.sn/linsuffisance-renale-devient-un-fleau-national_a_18064.html