jeudi 6 juin 2013

Claudine, diabétique : « Pourquoi j’ai choisi l’opération »


« Après l’opération, on remplace l’assiette plate par une assiette à café pour les repas », résume Claudine. Quelques tomates cerises, un morceau de quiche et de fromage, voici son dîner. Photo I.P.
« Après l’opération, on remplace l’assiette plate par une assiette à café pour les repas », résume Claudine. Quelques tomates cerises, un morceau de quiche et de fromage, voici son dîner. Photo I.P.

Aujourd’hui, samedi, la chirurgie de l’obésité liée au diabète de type 2 sera abordée à Belfort. Témoignage.

Depuis son opération, le 1er juillet 2011 à Montbéliard, les repas de Claudine tiennent dans une assiette à dessert. « J’ai subi une sleeve-gastrectomie , explique la Belfortaine de 60 ans. On m’a enlevé les trois-quarts de l’estomac, sous cœlioscopie. Cette opération, c’était une question de survie, mais j’étais loin d’imaginer toutes les conséquences. »
Après un grave traumatisme dans l’enfance, Claudine se réfugie dans l’obésité à 9 ans. « À 17 ans, je faisais 100 kg. Il y a dix ans, j’ai découvert par hasard que j’étais diabétique, le résultat de quarante années d’obésité. » Pendant six ans, l’aide-soignante avale des comprimés pour réguler sa glycémie. Isoméride, Médiator. « Pour l’instant, je n’ai eu que les effets positifs, mais jusqu’à quand ? »
En 2009, lorsque le Médiator est interdit, les médecins lui prescrivent d’autres substances. « Les effets ont été désastreux : aucune régulation et chaque mois, je prenais trois kilos de plus » , ajoute Claudine. Après deux ans de traitement, sa balance affiche 137 kg. « Je ne pouvais plus continuer comme ça. La sleeve-gastrectomie est réservée aux obésités morbides, c’était la solution de la dernière chance. »
« Il y a un avant l’intervention et un après. Bien sûr, j’ai perdu du poids très rapidement. L’estomac est tellement réduit qu’on est vite saturé. Impossible d’avaler plus de trois gorgées d’eau ou trois cuillers à soupe. Sans compter la douleur les premiers mois, le temps de la cicatrisation. J’avais une peur panique de manger, mais on doit se nourrir pour tenir… » Le diabète a disparu instantanément, même si le sucre reste interdit à Claudine. « Je ne regrette pas mon opération car je n’avais pas d’autre choix, mais je pense que certains gros ont d’autres solutions. Comme l’anneau gastrique, la sleeve-gastrectomie paraît facile et définitive. Bien sûr, on maigrit, mais le quotidien est totalement bouleversé. Il faut changer sa vaisselle : la tasse à expresso remplace le mug, l’assiette à café détrône l’assiette plate. Je mets vingt minutes pour avaler trois bouchées. Boire ou manger, il faut choisir. Pour le déjeuner, je commence par une petite tartine ; deux heures après, je bois mes trois gorgées de café. C’est très contraignant et l’opération est irréversible. »
Il faut une discipline et une volonté de fer
« Il faut une discipline et une volonté de fer. Pour perdre de la graisse plutôt que du muscle, on doit manger suffisamment de protéines, équilibrer ses repas et obligatoirement faire du sport chaque jour (une demi-heure de marche rapide ou de vélo) , y compris quand on est fatigué. »
Deux ans après son intervention, Claudine est « revenue au poids de mes 17 ans ». « C’est une deuxième naissance. Je peux à nouveau marcher, courir même. Mais impossible d’aller prendre un café avec quelqu’un ou de manger normalement au restaurant. Il faut aussi se faire violence pour ne pas être tenté de manger n’importe quoi toute la journée et regrossir à nouveau. »
En six ans, 800 patients ont subi une chirurgie bariatrique (opération consistant à restreindre l’absorption des aliments), sur l’Aire urbaine. « Les conséquences psychologiques peuvent être catastrophiques. Des malades ont divorcé, ont été licenciés, sont en dépression ou tombent dans l’anorexie. Quand on a une famille et un travail, comment s’organiser pour étaler son déjeuner sur quatre heures ? Évitons que des femmes, qui n’ont connu que les quolibets à cause de leur surpoids, se retrouvent à nouveau maltraitées… »
Claudine estime que le suivi après l’intervention est indispensable. « Mais il faudrait mettre en place des équipes pluridisciplinaires, composées de chirurgiens, diététiciens, psychiatres, gastro-entérologues parfaitement au courant de la maladie. » « Les conséquences d’une telle opération sont à vie. Certains patients n’en ont pas pleinement conscience avant l’intervention et n’y sont pas assez préparés. Les mieux placés pour en parler, ce sont ceux qui l’ont vécu… »
À l’occasion de ses vingt ans, l’association Diabel organise une journée d’information tout public, ce samedi, à l’Atria de Belfort, animée par des médecins spécialisés.
La matinée sera consacrée au diabète de type 2 ou DT2 (héréditaire et qui se déclare à l’âge adulte). Voici le programme : 9 h 45, rétrospective de Diabel On n’a pas tous les jours 20 ans ; 10 h, étude Descendance par le Pr Penfornis ; 10 h 15, chirurgie de l’obésité et du diabète par le Pr Ziegler ; 11 h 30, actualité thérapeutique du DT2 par le Pr Ziegler ; 12 h 15, nouvelles recommandations pour le traitement du DT2 par le Pr Pinget.
L’après-midi s’intéressera au diabète de type 1, insulino-dépendant. 14 h 15, Diabel et la recherche sur le diabète ; 14 h 30, à quoi est dû le DT1 par le Pr Penfornis ; 15 h 15, traiter le DT1 par le pancréas artificiel ou bio-artificiel par le Pr Pinget ; 16 h 30, les greffes cellulaires par le Pr Penfornis.
Y ALLER Journée d’information sur le diabète, de 9 h à 17 h 45, à l’Atria de Belfort. Entrée libre.
SE RENSEIGNER 03.84.98.54.12. diabel.afd90@gmail.com ; www.diabel-afd90.blogspot.fr
le 01/06/2013 à 05:01Isabelle Petitlaurent