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mercredi 24 avril 2013

Peut-on éviter de devenir diabétique ?

Par figaro iconClaude Jaffiol - le 17/04/2013
AVIS D'EXPERT - Les premiers signes doivent être pris au sérieux et s'accompagner d'une amélioration de l'hygiène de vie, explique le Pr Claude Jaffiol, diabétologue et membre de l'Académie nationale de médecine.
B. BOISSONNET / BSIP/B. BOISSONNET / BSIP
Indolore et fiable à 90 %, la mesure du glucose sanguin est un examen extrêmement simple à partir d'une goutte de sang prélevée sur le bout du doigt.

Galien, qui décrivait le diabète comme une «maladie chaude et humide» au début de notre ère, n'en aurait rencontré que deux cas dans sa vie… Vingt siècles plus tard, c'est un véritable fléau. Si rien n'est fait pour l'enrayer, diabétique rimera en France, comme partout dans le monde, avec épidémique. On compte déjà 150 millions de diabétiques sur terre ; ils seront 300 millions en 2025. Nous passerons chez nous de 2 à plus de 3 millions sur cette même période, dont 90 % de diabétiques de type 2 (DT2), ou diabète «gras», qu'il faut distinguer du diabète «maigre», de type 1, maladie de l'enfance et de l'adolescence due au défaut de sécrétion d'insuline par le pancréas, alors que, dû à l'âge mais surtout au surpoids et à une mauvaise hygiène de vie, le DT2 survient quand l'organisme est devenu résistant à l'insuline que continue pourtant à sécréter le pancréas. De plus en plus sédentaires et de moins en moins attentifs à la qualité de notre alimentation, nous tombons tous dans le piège du diabète… Et cela coûte cher, puisqu'en France, entre 4 et 6 % du budget de la santé y passent et qu'on lui doit 15 % des infarctus, angioplasties et pontages, 20 % des dialyses rénales, 500 à 1 000 cécités et 8 500 amputations par an.
Chaque jour, près de 400 nouveaux patients sont diagnostiqués, mais la plupart sont dépistés trop tardivement parce que le diabète de type 2 est une maladie qui progresse à bas bruit, sans douleurs ni symptômes apparents. Quand les complications surviennent, c'est déjà trop tard, car elles sont alors irréversibles, réduisant l'espérance de vie et créant de multiples handicaps: les amputations sont dix fois plus fréquentes chez les diabétiques et le diabète est la première cause de cécité, d'insuffisance rénale et d'AVC. Or, il aurait suffi de simples règles d'hygiène de vie observées à temps pour enrayer la spirale de la chronicité, avec ses risques et ses contraintes à vie.

Tabagisme, génétique, obésité.

Certains signes ne trompent pas ; encore faut-il les reconnaître pour être alerté et agir au plus tôt avec les meilleures chances de résultat. Les deux plus importants sont les plus faciles à repérer: avoir des diabétiques dans sa famille et/ou une tendance très nette à prendre du ventre. Sachant que le tour de taille ne doit pas dépasser 80 cm chez la femme et 94 cm chez l'homme, il suffit d'un mètre ruban pour être fixé! Une prise excessive de poids lors des grossesses, des antécédents de diabète gestationnel et un enfant de plus de 4 kg à la naissance doivent aussi alerter, de même que de brusques accès de fatigue et de somnolence, voire de vrais malaises, à distance des repas, qui dénotent une hypoglycémie provoquée par une diminution du taux de glucose dans le sang, conséquence du dérèglement de la sécrétion d'insuline par le pancréas. Les apnées du sommeil sont souvent associées au diabète et à l'obésité, sans oublier que le risque est toujours accru par le tabagisme. Enfin, certaines ethnies sont plus particulièrement prédisposées, du fait de facteurs génétiques mais aussi de mauvaises habitudes de vie, notamment alimentaires, que l'on déplore de plus en plus du fait de la précarité accrue chez certaines populations, les jeunes notamment. Toutefois, en l'absence d'anomalie génétique dominante reconnue dans le diabète de type 2, le diagnostic ne saurait se fonder sur un test de dépistage génétique.
Indolore et fiable à 90 %, la mesure du glucose sanguin est un examen extrêmement simple à partir d'une goutte de sang prélevée sur le bout du doigt. Une glycémie dépassant 1,25 g/l confirme le diabète et révèle un état prédiabétique lorsqu'elle se situe entre 1 g/l et 1,25 g/l. Des examens plus complets en laboratoire pourront parfaire le diagnostic. Il convient de réaliser ce test le plus tôt possible chez tous les sujets présentant des facteurs de risque et systématiquement après 45 ans. La précocité du diagnostic est le meilleur atout pour espérer maintenir, à long terme, le bénéfice des mesures hygièno-diététiques.

Un problème de société

Éviter le diabète, c'est d'abord perdre du poids et changer de mode de vie, au prix d'une rupture avec la routine quotidienne, familiale et culturelle, alors que la santé passe souvent après d'autres soucis plus matériels et urgents. Mais rien ne sert d'interdire ni d'édicter des règles abstraites sans que la personne y trouve son compte, personnel, financier et social. Par exemple, plutôt que de parler de régime, le reconditionnement alimentaire, essentiel dans la prévention du diabète, doit plutôt reposer sur l'explication de règles diététiques modulables et conçues sur le long terme, en tenant compte du choix des aliments, bien sûr, mais aussi du fractionnement des repas à heures régulières dans une atmosphère calme et si possible conviviale, sans oublier un sommeil suffisant et un exercice physique régulier. C'est une question d'éducation, mais aussi de facilitation, par un accompagnement et des moyens adaptés, dont la responsabilité incombe aux professionnels de santé, mais aussi aux bénévoles et surtout à la collectivité nationale.
Nombreux sont les prédiabétiques qui s'ignorent. Or, à condition d'être informés et pris en charge, la majorité pourrait ne pas franchir le stade du prédiabète, uniquement avec une meilleure hygiène de vie, plus efficace et moins coûteuse à long terme que la prise d'antidiabétiques oraux, d'hypolipémiants ou d'antihypertenseurs, sans risques d'effets secondaires, comme le confirment plusieurs études internationales. Prévenir le diabète, c'est surtout penser la maladie comme un problème de société. Ne faisons pas de nos jeunes de nouveaux Indiens Pima, tous diabétiques pour être passés, en cinquante ans seulement en Amérique, du stade tribal au fast-food, puisque nous savons que ce sont la sédentarité, les boissons sucrées et alcoolisées, l'addiction au tabac, la pratique du «snacking» et l'excès de consommation de graisse dans les plats préparés qui font le lit du diabète.
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