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mardi 5 février 2013

Le diabète frappe de plus en plus des personnes précaires

Par figaro icondamien Mascret - le 04/02/2013


L'Académie de médecine et la Mutualité attirent l'attention sur le dépistage et le suivi.
La précarité s'accompagne d'un surrisque de diabète de type 2, mais jusqu'ici peu d'études avaient évalué les conséquences de la précarité sur le diabète. C'est pourquoi l'Académie de médecine et la Mutualité française ont décidé de mener une enquête sur ce lien, baptisée «Diabète et précarité», en Languedoc-Roussillon, l'une des régions les plus frappées par la pauvreté en France avec le Nord-Pas-de-Calais. Résultat, avant l'âge de 65 ans, on observe plus de cas de diabète chez les personnes précaires (6,9 %) que dans les populations peu ou pas du tout précaires (4,4 %).
«Cette étude montre que les personnes diabétiques les plus précaires sont le plus souvent jeunes et cumulent les facteurs de risque», remarque Étienne Caniard, président de la Fédération nationale de la Mutualité française, «cette situation est une des conséquences des difficultés rencontrées par les jeunes pour s'insérer dans la société et démontre qu'il ne faut plus confondre précarité et marginalité mais que le phénomène est plus profond et plus étendu».
Au total 1 648 personnes ont été interrogées dans le cadre de l'enquête. La majorité d'entre elles (70 %) étaient en situation de grande précarité, fréquentant essentiellement les services administratifs du conseil général (RMI, RSA) et des structures d'accueil spécialisées dans le secours aux désocialisés: Médecin du MondeCroix-Rouge françaiseSecours catholique… Confirmation que le diplôme n'est plus un sésame contre la pauvreté, dans cette enquête, 26 % des sujets très précaires sortaient du collège et 15 % avaient suivi un cursus universitaire. Pour le président de la Mutualité, une telle étude conforte la nécessité des partenariats et d'une vision plus large de la santé: «Il faut sortir d'une vision étriquée du social, du médico-social et du sanitaire et abandonner nos pratiques cloisonnées ou corporatistes.»
Les personnes les plus précaires apparaissent plus jeunes, plus souvent de sexe masculin, plus souvent fumeurs, avec un tour de taille et un indice de masse corporelle plus importants. «L'étude montre aussi que cette population “précaire”, mais avec un niveau d'étude supérieur à la moyenne, est en demande de prise en charge, notamment d'éducation thérapeutique», souligne Étienne Caniard. Ainsi, parmi eux, plus de la moitié seraient intéressés par des séances d'éducation sur le diabète. Or, il s'agit d'une population qui nécessite une attention particulière. Pour le Pr Claude Jaffiol, membre de l'Académie de médecine et responsable de l'enquête conduite en Languedoc-Roussillon, «la prise en charge médicale des populations défavorisées nécessite temps, expérience et tact, en particulier dans le domaine des maladies chroniques et plus particulièrement du diabète».

Agir au stade de prédiabète

«Globalement, c'est moins bien que la population générale, mais la situation est moins catastrophique que l'on aurait pu le craindre», remarque le Pr Jean-Jacques Altman, chef du service de diabétologie à l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), coauteur d'un ouvrage de référence destiné au grand public, Le Grand Livre du diabète (Eyrolles). Toutefois, le diabétologue ne se satisfait pas de certains résultats qui concernent notamment le tabagisme, d'autant plus fréquent que le degré de précarité augmente. On trouve par exemple 43 % de fumeurs dans le groupe des plus précaires alors qu'ils ne sont que 8 % parmi les moins défavorisés. «C'est dramatique car l'association tabac-diabète est de loin la plus grande pourvoyeuse d'accidents vasculaires cérébraux, de crises cardiaques, d'artérites et d'amputations», déplore le Pr Altman.
L'étude montre aussi qu'un diabétique en situation précaire se trouve confronté à de nombreux obstacles pour prétendre à une alimentation, ce qui se ressent dans les questionnaires: «Ils consomment moins de légumes verts, de fruits frais, de viande, de volaille, de poisson, de laitages et fromages, plus de pâtes, de riz, de soda sucrés, de thé ou café et de bière.»
De plus, l'Académie de médecine rappelle qu'il est fondamental d'agir au stade de prédiabète, or l'étude montre une fréquence importante - une personne sur cinq - des glycémies capillaires anormales. Enfin, les auteurs constatent aussi l'intérêt des réseaux pour le suivi des personnes précaires, ce réseau permet de réduire le tabagisme, moins de fumeurs, de mieux équilibrer le diabète, avec moins d'hypoglycémies, de complications et d'hospitalisations.
Pour Étienne Caniard, «les enseignements à tirer sont de plusieurs ordres. La supériorité de la prise en charge en réseau est ce qui doit guider nos actions et initiatives, comme par exemple la prise en charge globale à l'étude à la Réunion, département français le plus touché par le diabète. Au-delà, il convient d'analyser finement les enseignements transposables dans d'autres pathologies chroniques». La Mutualité et l'Académie de médecine ont également ouvert un site conjoint reprenant les résultats complets de l'étude ainsi que des conseils pratiques *. 
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