samedi 22 décembre 2012

Diabète, cancer, sida... Ces maladies invisibles au travail


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20% des Français qui travaillent ou cherchent un emploi souffriraient de maladies longues et évolutives, qui perturbent leurs vies professionnelles. D'autant que peu d'entreprises ont encore pris la mesure du problème. 
Une infirmière diabétique obligée de se "piquer" dans la chambre d'un malade, à défaut d'un local adapté. Un ouvrier malade du sidaqui saute son traitement à heure fixe parce qu'il doit rester à la chaîne. Une caissière contrainte de démissionner faute de pouvoir s'éclipser aux toilettes autant que nécessaire... Autant d'exemples de salariés atteints de troubles chroniques, souvent invisibles pour l'employeur, mais dont les symptômes empoisonnent la vie professionnelle. 
Des cancers à la sclérose en plaque, des polyarthrites aux hépatites, jusqu'à 15 millions de personnes seraient touchées en France, avec des conséquences plus ou moins lourdes, par une "maladie chronique évolutive", c'est à dire qui tend vers la guérison ou, au contraire, l'aggravation. Soit 20% de la population active. 
Portée par des associations, notamment Aides qui lutte contre le VIH, la question du maintien au travail des salariés malades ne se pose aux employeurs que depuis une quinzaine d'années. En 2005, la loi a d'ailleurs inclus dans le champ du handicap les "maladies évolutives invalidantes". 
Or aujourd'hui, "la plupart des malades souhaitent continuer à travailler, expliquait Annick Montfort, directrice de l'évaluation et de la prospective à l'Agefiph, le fonds public pour l'insertion des personnes handicapées, lors d'un récent colloque sur le sujet. Pour eux, c'est un enjeu économique mais aussi psychologique, puisque l'exclusion sociale est perçue comme une double peine." 

Gérer les absences répétées

Encore faut-il que l'organisation du travail -poste, charge ou horaires- s'adapte. Par peur d'être stigmatisatisés, voire discriminés, certains salariés choisissent d'ailleurs de taire leur maladie, comme quelque 62% des séropositifs par exemple, au risque de mettre en danger leur santé.  
Car bien que très diverses, les maladies chroniques partagent certaines conséquences: une fatigue source de problèmes deconcentration ou d'irritabilité, des traitements longs et contraignants, etc. L'impuissance des employeurs à appréhender le problème tient aussi pour beaucoup à leur caractère imprévisible. Pour Dominique Baradat, chargée de mission à l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact), "l'absence longue, l'entreprise sait gérer. Mais le plus difficile, ce sont celles répétées, liées à la fatigue", notamment dans l'industrie, avec des horaires figés. 
"Nos métiers sont loin de ces préoccupations" de santé, reconnaîtJean-Robert Lasheras, DRH dans le groupe de foie gras Delpeyrat, qui se souvient de sa "curiosité et de sa perplexité" quand un programme a été lancé dans son entreprise avec l'Anact. Pourtant, "le licenciement pour inaptitude reste la plus difficile des ruptures de contrat de travail: annoncer qu'on se sépare après quinze ans de service, c'est terrible pour le salarié et un constat d'échec pour nous", estime-t-il. 

"On a réussi à ce que les gens parlent"

Avec l'aide de bornes d'information placées dans les salles de repos, "on a finalement réussi à ce que les gens parlent, qu'ils nous préviennent de leur situation", témoigne Jean-Robert Lasheras. Résultat, 56 de ses salariés, soit plus de 13% des effectifs des ateliers, ont révélé leurs maladies chroniques évolutives, du diabète à l'hémophilie en passant par des affections de la peau et du foie 
Restait alors à trouver des solutions. Après, entre autres, étude de poste et bilan de compétences, un salarié peut désormais se faire remplacer à la chaîne par un agent de maîtrise quand il doit prendre son traitement. Un deuxième a pris un congé de formationpour changer de service, et d'autres ont reçu du matériel de manutention ou des sièges aménagés. 
Un exemple à suivre, selon Dominique Baradat, de l'Anact, convaincue qu'il faut convaincre les entreprises d'agir "en leur démontrant les conséquences économiques d'une mauvaise prise en charge de la maladie: des risques de démissions et de pertes de compétences du salarié atteint, mais aussi une plus grande fatigue des autres salariés si les tâches se reportent vers eux." 
http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/diabete-cancer-sida-ces-maladies-invisibles-au-travail_1199001.html