mardi 3 avril 2012

Place au jeûne

Le Jeûne, une nouvelle thérapie
documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade 

Arte jeudi 29 mars 2012  20h35mn

Diabète, obésité, hypertension, cancer : les pathologies chroniques explosent. Tout comme la consommation de médicaments censés en limiter les dégâts. Une autre voie thérapeutique semble exister pourtant. C’est ce que révèle l’enquête troublante et rigoureuse signée Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade. Une voie explorée depuis une cinquantaine d’années par des médecins, en Allemagne ou en Russie : le jeûne.

Prenez le cas de Jürgen, 60 ans. Banquier à Zurich, il se rend régulièrement dans les pays de l’Est. Là-bas, explique-t-il, on ne peut négocier de contrats sans multiplier les repas plantureux et arrosés. Et il aime ça. Mais pas son foie, qui a doublé de volume. Les médecins le mettent en garde : soit il change de vie, soit il fait son testament. A la clinique Buchinger, en Allemagne, Jürgen procède à une cure de jeûne sous surveillance médicale. Comme 15 à 20% d’Allemands l’ont déjà fait. Une dizaine d’hôpitaux publics disposent outre-Rhin de services dédiés au jeûne, et la Sécurité sociale prend en charge les cures. Jurgen a récupéré un foie normal. En Sibérie, le jeûne est devenu l’élément central de la politique de santé publique. Depuis 1995, au sanatorium de Goriachinsk, 10 000 patients sont venus traiter diabète, asthme, arthrose ou allergies. Très encadrés, ils n’ingurgitent que de l’eau durant douze jours en moyenne. Passé la douloureuse crise d’acidose des débuts - le temps que le corps apprenne à fabriquer lui-même le carburant nécessaire à la survie - les deux tiers voient leurs symptômes disparaître.
Remboursé, ce traitement s’appuie sur quarante ans d’études scientifiques dont les résultats n’ont jamais été traduits. Pourquoi ? Ce qui est sûr, c’est que l’industrie pharmaceutique n’a aucune hâte de voir émerger cette alternative aux médicaments. A Berlin, le professeur Michalsen, chef de service hospitalier qui étudie les effets thérapeutiques du jeûne, peine à trouver des financements : « Si j’avais montré l’efficacité d’une nouvelle molécule, remarque-t-il, je croulerais sous les enveloppes des labos pharmaceutiques… »
À l’aide d’infographies, les réalisateurs montrent comment l’organisme réagit à la diète. Il réapprend à vivre de ses réserves. Un mécanisme atavique qui le purge et le renforce. Comme si l’évolution nous avait dessinés pour résister à la privation plutôt qu’à la profusion.